Memphis est décadente, Memphis plongée dans une chaleur moite... Le général Jackson en la baptisant de ce nom savait-il que Memphis est le Bon Port des coptes anciens, capital du premier nome de Basse-Egypte, en amont de la tête du delta du Nil ?

Sphinx de Memphis, Basse Egypte.
Ménès, son fondateur, l’appela la cité du Mur Blanc du nom de la digue qui protégeait la ville des crues célèbres. On y adorait Phtah, le dieu maçon.

Le Dieu maçon Ptah.
Dans le temple de Ptah furent retrouvées des statues de Ramsès II, et M.Boubarak, président de l’Egypte a fait don à Memphis d’une copie de l’une d’elle actuellement dressées devant la pyramide aux parois de verres qui illustre un rattachement symbolique.

RamsèsII.
De l’ancienne Egypte, l’Isis noire a vu ses fils déportés sur les rives de cet autre Nil d’Occident pour cueillir le coton. Isis, qu’as-tu fait de tes enfants ? Mais d’eux sont nées les plus belles plaintes et complaintes qui ne soient jamais montées vers le ciel.

Isis la Noire.
Seul le vent sur le Mississippi geint et râle encore, pour qui sait entendre, comme les esclaves qui embarquaient sur ses quais les balles de coton. Les rives du Mississippi sont encore chargées des cris et des chants des esclaves. Ah ! cette plainte qui sourd encore du sol et que les eaux charrient. De cette misère atroce, des cris et des souffrances de ces malheureux reste la nostalgie du blues né des négro-spirituals qu’ils chantaient alors pour endormir ce lancinant désir d’une libération, pour abattre le mur blanc de la haine et de la peur que leur vouaient leurs maîtres.
Oh ! la libération vers laquelle ont tendu tant et tant et tant de cris, de pleurs, pour laquelle tant et tant et tant de larmes ont coulé que le fleuve en est encore gros. Oh Isis ! ramène tes fils dans la Maison du Père ! Unbateau remonte le Mississippi ; la pyramide blanche éclate sous le soleil, la réverbération est extraordinaire. On peut entendredes sanglots dans le vent, sanglots des esclaves...
Tant d’anonymes ainsi sombrèrent dans le grand fleuve de la vie, sublimant leur misère.

Esclaves dans les plantations.
Le Mississipi, fleuve puissant, coule lentement avecses eaux chargées de pleurs vers la New Orléans pour se perdre dans les marécages des bayous ; il roule ses eaux dormantes entre les rives bordées d’arbres splendides. Forêt tropicale, chaleur humide, vie, transpiration divine d’où naissent les choses et les êtres.


Bayou, Louisisiane.

Le « Natchez » sur le Mississipi.
Dans Memphis,Beale Street est endormie maintenant, l’âme du blues y sommeille-t-elle encore ?

Beal Street.
La gorge se noue pourtant lorsque brusquement se fait entendre le son déchirant d’une trompette ou le vacarme de l’orchestre noir de l’une de ces multiples églises qui viennent prêcher sur la place publique un autre salut, une autre libération... Ces noirs, remâchant leur détresse et leur espérance : le spiritual, puis le gospel song… Le delta blues est encore plus brut, plus primitif, plus rural, la musique du diable... Ah ! La passion africaine du rythme obsédant, des swings fascinants aux accents décalés…
Ici, à Memphis, John Lee Hooker, l’inventeur du boogie, a été portier. Ses chansons, qu’il improvisait toujours, même en studio, le plongaient dans une telle tristesse ou dans une telle joie que, derrière ses lunettes noires, il pleurait sur scène sans que personne ne puisse le voir. Pudeur intense de ceux qui trop souffrirent…

John Lee Hooker.
Il a mis dans le blues toute l’émotion des esclaves du sud. "Le blues guérit le monde entier, il me soutient, quand je n’en peux plus je prends ma guitare..." dit-il, il le joue dans sa forme la plus pure, trois accords, douze mesures, marque le tempo avec le pied. la sonorité de sa voix a un effet thérapeutique par le répétitif même. Il est chaman, médecine-man... Ses chansons sonnent, tristes, merveilleuses, pleines d’amour :
"C’est bien fait si je souffre, c’est bien fait si je suis seul..." Vérité à comprendre avec le cœur...

Esclaves égrenant le coton.
Elvis, ici, a osé chanter comme un noir, lui, le blanc pauvre né à Tupolo, dans le « trou du cul » de l’Amérique, dans un quartier où la misère se moque bien de la couleur de la peau. Les pauvres n’ont pas de peau ! Il aurait aimé naître noir, a-t-il confié un jour.

Elvis Aaron Presley.
Oh, que de haine encore parfois dans les regards des blancs qui côtoient sans plus ces noirs incompréhensibles ! Ici, à Memphis, Martin Luther King a été assassiné...
Le Lorraine Motel, à Memphis, sur le balcon duquel Martin Luther King fut assassiné le 4 avril 1968.
Au Sun Studio, Elvis a enregistré pour trente dollars son premier vinyle en 1954, le Sun n° 209. Cette année là, il a fallu le faire venir à la radio et expliquer aux auditeurs de ce sud au racisme à fleur de peau qu’il était bien blanc ! Et ensuite...

Sun Studio.
Illustration de Une : joevare
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