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Je sais où je vais

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Apres presque 9 mois de voyage, mon periple touche a sa fin... Mon budget commence d’ailleurs a se faire dangereusement bas... Resultat, je n’ai plus les moyens de faire ce que j’avais prevu avant mon départ, soit la traversee de l’Amerique Centrale jusqu’au Mexique... Au lieu de cela, je dois aller directement au Mexique d’ou je prendrai mon vol retour... Mais quand j’apprends que c’est le meme prix d’aller directement de Colombie au Mexique que de passer par Cuba, pas une seule hesitation, je fonce !!!

C’est donc la fleur au fusil que je pars a Cuba...sans rien, ni guide, ni infos supplementaires et commettant l’erreur de penser qu’apres 9 mois en Amerique latine, je n’ai plus besoin d’aide exterieure pour me debrouiller surtout venant de guides qui donnent les adresses ou je suis sur de me retrouver avec tous les touristes... Je me rendrai vite compte que c’etait bien presomptueux de ma part de penser une telle chose d’autant plus que non seulement Cuba est tres different de tous les autres pays d’Amerique du Sud mais surtout que ce pays est un monde totalement a part compare a tout ce que j’ai connu auparavant...

Qu’a cela ne tienne, me voila a la Habana, ville vue et revue mille fois dans de nombreux films et documentaires qui ne manquent pas de montrer a chaque fois son atmosphere des annees 60, son architecture coloniale, ses belles americaines (je parle de voitures...), son enorme capitole (qui en rappelle etrangement un autre), ses vieux habaneros qui, fumant le cigare a l’ombre d’un palmier, observent la ville tourner a plein regime ou jouent tranquillement aux echecs...sans parler du doux son melodieux venant d’un café ou d’un bar diffusant son cubano et buena vista social club... 

Tout ces clichés, même si ils rejoignent un peu ce que je verrai donnent néanmoins une vision très superficielle de la réalité. 

A celà, et malgré les propagandes disant mot pour mot : "Vamos bien", il faudrait ajouter : une majorité des édifices de la ville (et parfois de véritables palais) dans un état de délabrement avancé, des rues sales et très peu entretenues, une prostitution alarmante, et des arnaques à répétition...

Malgré 9 mois de voyage à mon actif, je me ferai ainsi avoir (et pour la premiere fois) comme le plus gogo des touristes... Je ne suis vraiment pas fier de cet épisode d’une part pour ma naiveté et d’autre part car j’aurais pu l’éviter 100 fois si j’avais lu n’importe quel guide de voyage... Mais je vais tout de même le raconter pour que ca n’arrive pas à d’autres. Pour cela, je dois tout d’abord faire une petite parenthèse sur le système monétaire cubain : il y a à Cuba 2 monnaies en circulation : la première est le peso cubano et l’autre, introduite depuis 2005, le peso cubano convertible (environ 1$ et qui vaut 24 pesos cubanos)... C’est mon premier jour à la Havane...je me balade dans cette ville légendaire. Apres plusieurs heures de marche, je me repose quelques instants sur un banc en face du musee de la révolution... Malgré la pluie, il fait vraiment tres chaud... Je souffle un peu en observant la petite place charmante qui s’offre a moi...Un cubain d’une trentaine d’années passe en me regardant puis s’arrete : il me demande d’ou je viens et ce que je fais ici. On commence a parler ; le foot, Zidane sont comme bien souvent les premiers sujets abordés. Tres vite, il me parle egalement des problemes de Cuba, que la situation est vraiment tres difficile pour la majorite des cubains, que sans avoir 2 ou 3 jobs en meme temps, la vie devient vite compliquee ici... A premiere vue, il me parait sympathique. Je lui fais part de mon envie de ramener des cigares a mes amis en France mais que dans les magasins ou je suis alle (pour touristes), c’est a peu pres le meme prix qu’en Europe. Il m’emmene alors chez des amis qui revendent des Monte Cristo... Vrai ou pas, difficile a dire etant donne ma connaissance dans ce domaine, mais le prix m’aide a me decider...

Mon "nouvel ami" me propose ensuite d’aller prendre un verre ce que j’accepte avec plaisir. Autour d’una piña colada, il m’explique qu’il est professeur d’education physique dans un college mais que cela ne suffit pas pour vivre... Puis on change de sujet...Il tient a m’expliquer le systeme monetaire a Cuba...Je lui dis que je suis deja au courant mais ce dernier insiste... Et effectivement, il m’apprend qu’en plus du peso convertible et du peso cubano existerait une troisieme monnaie : le chavito... Cette monnaie serait une invention de Castro et constituerait une sorte d’arnaque pour les etrangers a Cuba ... En echange d’un peso convertible, les cubains et uniquement les cubains peuvent obtenir 1,25 chavito...un chavito ayant la meme valeur qu un peso convertible dans le commerce...

En gros,

  • a) 1 peso convertible = 1,25 chavito quand les cubains font l’echange dans une maison de change
  • b) le chavito n’est pas accessible aux etrangers
  • c) 1 chavito = 1 peso convertible dans le commerce

bref le calcul est vite fait : ca vaut le coup de donner mes pesos convertibles a cet ami tellement attentionne pour qu’il me les change contre des chavitos qui multipliera mon budget par 1,25...

La suite est classique : nous nous rendons dans une maison de change ou je l’attends dehors ; il change mes pesos convertibles (j’aurai heureusement le reflexe de ne lui donner que le quart de ce que j’avais mais quand meme...), puis, discretement, me tend mes chavitos durement gagnes... puis pretexte de devoir rentrer chez lui pour je ne sais quoi, et disparait dans la nature...

Meme pas 20 secondes apres qu’il soit parti, je realise que je me suis fait rouler... Plus que pour le montant en soit (qui n’est pas pour autant negligeable), je suis fou de rage de m’etre fait avoir aussi facilement... Les chavitos qu’il m’a donnes sont en realite des pesos cubanos...qui pour memo valent 1/24 eme des pesos convertibles que je lui ai donnes...

Aussi extravagant et invraisembable que cette histoire puisse paraitre aujourd’hui, je me suis fait avoir par 2 choses principalement : la confiance que j’avais en ce type et la certitude que le gouvernement cubain fait tout pour faire depenser le maximum d’argent aux touristes (ce qui n’est d’ailleurs pas forcement faux comme par le montre par exemple la separation des compagnies de bus : une pour les cubains et l’autre, environ 10 a 20 fois plus cher, pour les touristes...)

Conclusion et fin de cette petite parenthese : quand vous allez a Cuba, lisez votre guide de voyage et ne changez jamais d’argent dans la rue ou dans une maison de change par quelqu’un d’autre...

Enfin, revenons a la Havane, je resterai pendant mon court sejour chez Rolando, homme à la cinquantaine bien entamée. Mon séjour chez lui ne sera pas donné (25$ par nuit...soit le plus cher que j’aurais payé pendant tout mon voyage) mais 1)je n’ai pas trop le choix car pour les étrangers, mis à part les luxueux hotels (à 80$ la nuit) du centre envahis de touristes du monde entier, il ne reste que des maisons d’hotes et elles ne sont pas données 2) je ne regrette pas mon séjour chez lui car en dehors d’etre très sympathique, il m’apprendra énormément sur Cuba.

Tout d’abord que la médecine ne paie pas à Cuba...On gagne entre 20 et 30$ par mois quand on est médecin , mieux vaut donc se reconvertir comme il l’a fait dans la location de chambres où c’est plus entre 20 et 30$ par jour... Comme vous le savez sans doute, interdiction de quitter Cuba quand on est cubain... pour quitter le pays il y a 3 solutions : la premiere est de se marier a un ou une etranger(e) mais apparemment, il y en a pour 10 ans de procedure administrative donc mieux vaut etre patient ; la deuxieme est d’avoir une profession qui permette de voyager (mais dans l’obligation de revenir bien sur) Ainsi en tant que medecin, Rolando eut l’opportunite d’aller en Mozambique lors de l’experience socialiste du pays... enfin et derniere methode, les dizaines de cubains qui tentent chaque jour, au peril de leur vie, de rallier les cotes americaines qui sont si proches...

A Cuba, il est tres difficile voire quasi impossible de s’acheter une maison ou une voiture... Ce qu’il est possible de faire en revanche, c’est de passer par le systeme du troc comme Rolando l’a fait : son ancienne maison en parfait état contre un appartement beaucoup plus grand mais totalement delabré ...qu’il renovera lui meme pour ensuite en faire une maison d’hôtes...plutot bon calcul a l’arrivee...

A Cuba, impossible (enfin jusqu’a tres recemment du moins) de s’acheter un ordinateur ou d’avoir acces a internet si sa profession ne l’exige pas... A Cuba, impossible d’avoir un telephone portable, le seul moyen etant d’acheter ce droit aux etrangers ayant un telephone. A Cuba, interdiction (levee egalement depuis l’accession de Raul au pouvoir) pour les cubains d’entrer dans les hotels pour touristes...

Interdiction pour un Cubain de Santiago de Cuba (dans le sud) de se trouver a la Habana (au nord de l’ile) s’il n’a pas d’autorisation ecrite...

Difficile d’etre exhaustif en matiere de ces interdictions tant elles sont nombreuses...

C’est simple, Rolando m’expliquera un jour que pour comprendre Cuba, il faut raisonner par l’absurde...

Et Castro ?? Rolando ne l’a jamais vu... plus qu’une légende, un mythe semble-t-il... Personne ne sait ou il habite, personne ne sait ce qu’il fait, personne ne sait ou il est, bref, on ne sait pas grand chose de lui en dehors du personnage qui a été créé... Cette semaine, on elit les deputes...le choix est grand : PC, PC ou PC...tout cela surveillé a chaque coin de rue par les CDR (comite de defense de la revolution).

Et quand je demande a mon hote ce qu’il pense pour l’avenir (et nous ne sommes qu’en janvier 2008 soit 1 mois avant le depart officiel de Fidel), il me dit qu’il pense que Raul sera rapidement amene a diriger le pays, seul cette fois...qu’avec lui, des reformes sont possibles...que ces reformes sont cruciales pour la survie non seulement du regime mais du pays tout entier, qui, subissant l’embargo americain de plein fouet a de plus en plus de mal a s’en sortir economiquement ce que je constaterai par moi-meme partout ou j’irai. Il rajoute qu’il ne pense pas que l’on assistera a un changement radical du jour au lendemain et que d’ailleurs un changement trop violent, trop rapide pourrait etre desastreux pour l’economie cubaine... Et puis d’ailleurs, toutes les choses du regime actuel ne sont pas forcement a jeter : avec la gratuite de la sante (sans doute le meilleur systeme de sante d’Amerique latine), la gratuite de l’ecole (un taux d’analphabetisation proche de 0), la subvention pour les transports, pour l’alimentation, mais egalement pour la culture (avec des tarifs tres interessant par exemple pour se rendre au theatre), le systeme a des bons cotes et il serait dommage de tout supprimer. Sans oublier qu’a la différence de nombreux autres pays, l’insecurite, la drogue et les crimes sont quasiment absents de l’ile...

Tous les jours, je passerai 1 a 2 heures a parler avec lui et je dois dire que ce fut passionnant de decouvrir ce pays de l’interieur... En dehors de Rolando, j’aurais egalement la chance de rencontrer Juan Lazaro Besada Toledo : esperantiste, docteur en theologie, ecrivain et poete a ses heures perdues... J’avais en effet rencontre a Cali en Colombie Rafael, egalement esperantiste, qui m’avait heberge plusieurs nuits chez lui et qui m’avait confié un ouvrage de theologie pour Juan... Juan est quelqu’un de passionnant ; je ne me lasse pas de l’ecouter...ah si seulement j’avais eu un peu plus de temps pour bavarder assis dans un de ses fauteuils a bascules...Avant de partir, il tient a m’offrir son dernier ouvrage : un recueil de poemes "Desde mi paramo"...

Le dernier jour, quelques heures avant mon vol pour le Mexique, je rencontre Alienski (oui, le regime laissera des traces jusqu’aux prénoms), jeune professeur d’informatique dans une universite de la Havane. Je suis encore une fois un peu triste de ne faire cette rencontre que le dernier jour tant il me parait sympathique...

Encore une fois, j’apprendrai beaucoup en tres peu de temps mais je ne peux m’empecher d’eprouver une grande deception en partant de Cuba pour avoir perdu beaucoup de temps a faire de mauvaises rencontres avec des personnes mal intentionnees contre finalement tres peu de temps avec ces cubains ouverts, cultivés et passionnant...

Cuba ne restera donc pas parmi mes meilleurs souvenirs mais je pense que c’est essentiellement du au peu de temps de mon sejour dans l’ile et au fait que je suis reste dans des lieux trop touristiques... Mon escapade dans le centre du pays dans la region idyllique de Cienfuegos ou de la Trinidad me permettra de sortir de la Havane et de decouvrir un autre Cuba ; De ces quelques jours dans cette region resteront dans mes souvenirs ces autoroutes vides (la voiture restant un luxe pour la majorite des cubains), la rencontre de deux boliviennes etudiant la medecine (comme beaucoup d’autres sud americains pour qui Cuba reste la Mecque de la discipline) et qui me conteront notamment qu’elles ne voulaient plus avoir de petits amis cubains car ces derniers toujours trop interesses...L’une d’entre elle ayant quand meme été chargée par son ex petit ami de lui ramener un velo de Bolivie...

et enfin cette petite anecdote qui illustre bien la difficulte de la situation economique actuelle : je me mets a en rechercher un jour du dentifrice et une brosse a dent a Cienfuegos... Et la, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il etait totalement impossible de trouver ces articles (quand meme assez basiques) : apres 3 heures de marche et une trentaine de boutique faites, oh miracle !!! il reste 3 brosses a dent et quelques dentifrices dans le plus grand magasin de Cienfuegos (150 000 habitants quand meme)...

Encore une fois, et comme le montrent les derniers evenements politiques qui s’y sont deroules ces dernieres semaines, le pays est en train de changer et je suis plein d’espoir pour tous les gens adorables que j’ai pu rencontrer la bas et qui, malgré mes quelques mesaventures, me donnent envie de repartir dans ce pays si beau.

Allez, je ne peux pas resister au plaisir de vous passer un petit Guantanamera !!!!

PS : ah oui maintenant que j’y pense, c’est quand meme rigolo de penser que les deux seuls pays d’Amerique Latine ou je suis alle et ou le foot n’était pas le sport N.1 sont le Venezuela et Cuba... où c’est le base-ball qui fait rage... Curieuse ironie du sort, non ?....

Illustration de Une : Matthias Schack

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