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Je sais où je vais

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Amis voyageurs, bonjour !

Une amie nous citait, il y a peu de temps : "La liberté ne se mesure qu’entre les oreilles d’un cheval au galop". Nous avions décidé d’y ajouter "et entre les coups de pédale d’un vélo autour du monde". Quel meilleur pays que la Mongolie pour tester de telles affirmations ?

Nous vous avions laissés aux portes sableuses du désert de Gobi, aspirant enfin nos premières goulées d’air pur après deux semaines de pédalage dans les pots d’échappement des camions chinois. Devant nous ? l’infini, ou presque : l’immensité aride du désert de Gobi. Et, 800 kilomètres plus loin, droit devant : Ulaan Baator, la capitale, posée à l’entrée des célèbres steppes mongoles. Entre elle et nous, pas de route, mais une vaste étendue sillonnée par les traces que les camions et 4x4 ont laissées dans le sable. Bon, il ne reste plus qu’à pédaler ! Vous venez avec nous ?

10 juin : Pédalons dans le sable !
  
L’arrivée aux portes du désert de Gobi a donc pour nous un petit quelque chose d’exaltant : après nos galères dans la pollution chinoise, nous avons un grand besoin d’air pur et de grands espaces. La première chose que nous remarquons, c’est... le silence. Plus de camions hurleurs ! plus d’attroupements bruyants autour de nos vélos ! Plus rien que nous, le ciel bleu, et le désert. Aaaah... qu’on va être bien...

Première étape, un petit village qui jouxte la frontière, où nous perdons définitivement l’asphalte de vue. Après l’inquiétude effarée de l’américain de ce matin, nous entamons avec appréhension nos premiers kilomètres dans le désert de Gobi. À nous le désert !
 

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Désert de Gobi - Mongolie
à vélo dans le sable

Nous nous attendions à pousser dans le sable. Bon, on pousse, effectivement, mais pas tant que ça, seulement aux quelques endroits où le sable s’est accumulé. Pour le reste, le passage des camions a tassé le sable et, même s’il faut pousser plus dur à chaque coup de pédale, ça roule plutôt bien. Ouf !

Malgré le bénéfique changement d’air, Amanda est toujours malade : probablement les conséquences de la mauvaise nuit enfumée dans le train !
Mais pour contrer la fatigue du rhume, le vent nous fait un cadeau : il souffle... de dos ! C’est l’heure de sortir nos toutes nouvelles voiles conçues par l’équipe Globicyclette... at home. Et ça marche, à notre grand plaisir : rien de tel qu’un peu d’aide pour franchir les bancs de sable ou la tôle ondulée... Chance supplémentaire, le ciel est resté couvert après l’averse du matin, et la température est supportable. Nous avançons sur les traces approximatives des camions, nous guidant surtout grâce à la ligne de pylônes électriques qui, comme nous, rejoint certainement la prochaine ville.
 

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Désert de Gobi - Mongolie
Toujours dans le sable

Le désert, bien sûr, est immense, et étend à l’infini ses douces ondulations de sable et pierres fines. La végétation se limite à quelques herbes sèches et rases, qui apparaissent de temps en temps dans les endroits plus creux. Hormis cela, nous sommes dans un monde vide et minéral, d’une beauté sévère.

Après notre cuisson à petit feu dans le désert Mauritanien, il y a presque un an de cela, les températures de ce désert-ci nous semblent tout à fait supportables : "à peine" 40 degrés au soleil ! Mais vers midi, tout de même, le thermomètre monte et nous oblige à faire une pause à l’abri approximatif de la seule source d’ombre sur des kilomètres : les pylônes électriques !

11 - 12 juin : Globicyclette dans les tempêtes de sable
 

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Désert de Gobi - Mongolie
la tempête arrive

Le second jour, alors que nous dégustons justement notre habituelle salade "chou-tomate-concombre" sous un pylône un peu plus grand que les autres, le ciel à l’est prend une teinte violet foncé, et les contours de l’horizon deviennent flous : voilà qui ressemble fort à une tempête de sable ! Nous avons à peine le temps de finir que, effectivement, le vent se lève : c’est le moment de sortir les cheichs, qui n’avaient guère servi depuis l’Afrique. Et nous voilà dans la tempête ! le vent, devenu fou, hurle dans la structure métallique du pylône, et le sable vole dans le ciel violet.

Mais la tempête se déplace vite, et le vent retombe aussi vite qu’il s’était levé. C’est l’heure de repartir !

Nous aurons droit à ce genre de surprise très régulièrement, quasiment tous les jours. Mais entre les tempêtes, des encouragements arrivent sous la forme de la générosité des véhicules qui nous dépassent : on s’arrête, on vient regarder ces drôles de vélos et on nous offre ce qu’il y a dans l’habitacle : nous recevons ainsi des petits gâteaux fourrés, du coca, et même des yaourts ! De quoi affronter les montées sableuses : car malgré ce que l’on pensait, le désert ici n’est pas plat !

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Désert de Gobi - Mongolie
l’immensité du désert

Il nous offre plutôt une succession de buttes qui deviennent parfois de véritables petites montagnes... nos genoux s’en plaignent, mais pas nos yeux : du haut des collines, ces reliefs ocres qui s’étendent à l’infini forment des panoramas immenses et magnifiques... le regard décolle de ces collines où rien ne vit et s’envole sur l’horizon, jusque dans le ciel d’un bleu acide. Que c’est beau, le désert ! 

Au milieu du troisième jour, nous entrons dans notre premier village mongol : rien de très spectaculaire, juste un assemblage désordonné et poussiéreux de yourtes et de maisons cubiques en briques et en chaux, entourées de palissades brinquebalantes. Mais pour nous, c’est surtout l’occasion de se ravitailler en eau et en nourriture : Amanda part à la chasse aux "magasins" du village. Difficile de les repérer, car ce sont des maisons comme les autres : il faut y entrer pour y découvrir le comptoir ! Elle finit par tomber sur une minuscule boutique gardée par un jeune homme. Ce dernier, qui doit avoir l’âge de ses élèves, la regarde bouche bée, comme une apparition. Au début, elle s’en rend à peine compte, tout occupée à choisir un chou et des oignons... Mais lorsqu’elle s’apprête à payer : "No more !". Il lui fait comprendre qu’il lui offre tout ! "Mais... ?". Et là, son regard et ses gestes sont éloquents : il est fou amoureux de cette belle blonde aux formes généreuses (pour rester poli !). La blonde en question, plutôt interloquée (avec le look que j’ai et la croûte de sable sur mon visage ??), ne sait pas trop que répondre. Il s’approche alors, mais lorsqu’Amanda veut lui serrer la main, il tente le baiser hollywoodien du siècle, enlaçant sa "conquête". Hein ? Ah non ! Amanda se dégage fermement et désigne son alliance : "Non non, c’est que je suis une femme mariée, moi, et mon mari attend dehors, lui pas content si j’embrasse les boutiquiers !". Désespéré, il fait les yeux doux, supplie, mime un baiser, supplie encore... en vain bien sûr.
Sa belle inconnue finit par partir, désolée de lui briser le cœur mais soucieuse d’en finir !

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Désert de Gobi - Mongolie
montage de la tente

Ce même soir, alors que nous montons la tente, le vent se lève et devient brusquement violent. Nous avons appris depuis hier à en reconnaître les avant-signes : alerte à la tempête de sable ! À toute vitesse, nous enterrons du mieux possible les rabats de la tente sous des piles de sable (vive les rabats, cousus par la maman d’Olivier !), et surtendons au maximum les sardines.

Et nous courons nous réfugier à l’intérieur, alors que les rafales se déchaînent autour de nous. Même avec la tente fermée de tous les côtés, le sable s’insinue à l’intérieur à chaque rafale. La tente elle-même semble flotter à l’intérieur d’un nuage dense et déchaîné de sable en suspension. En quelques minutes, toutes nos affaires, nous compris, sont recouverts d’une pellicule sableuse : tout crisse et croustille. Pas moyen de faire à manger dans ces conditions ! Et nous avons beau attendre, le soleil s’est couché, la nuit est là, et la tempête fait toujours rage. Nous finissons donc pas nous préparer un bol de céréales que nous nous dépêchons d’engloutir avant que le sable ne s’y dépose, le tout dans le vacarme des rafales et des claquements violents de la toile de tente. Pourvu qu’elle tienne le coup ! La nuit va être longue...

13 - 17 juin : Sous la yourte

Mais comme toujours, le vent finira par tomber, nous laissant juste un peu hagards après cette nuit agitée : mais le désert nous attend, et puis, quand le vent souffle, mais de dos, là on adore ! vive le vélo à voile !

D’autant que, ce matin-là, une surprise vient compenser la mauvaise nuit : là, au milieu du désert... une yourte ! Et surtout, son propriétaire, un petit vieux tout gentil qui a l’air ravi de voir débarquer ces deux extraterrestres : alors que nous nous arrêtons pour le saluer, il nous convie à prendre le thé sous la yourte : exactement ce dont on avait besoin !

Nous voilà donc pour la première fois dans une yourte.

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Yourte - Mongolie
l’ouverture centrale

L’intérieur est impeccable et l’on s’y sent tout de suite à l’aise : est-ce le fait de la forme ronde de cette unique pièce ? Le sol est recouvert de pièces de lino découpées. Au centre, un poêle à bois sert à la fois de chauffage et de cuisinière : un large trou aménagé sur le dessus permet d’y poser un immense bol de type "wok" pour faire bouillir de l’eau ou cuisiner. Quand il ne sert pas, il est simplement bouché par un couvercle. Un large tuyau permet d’évacuer la fumée par le trou au sommet du toit qui peut être obturé par un repli de la tente en cas de pluie.

Le mobilier est simple mais douillet : deux lits d’une place et demi recouverts de jolies couvertures, des coffres en bois peint, assortis à la petite porte, servent de commodes, des étagères permettent de ranger nourriture et vaisselle. Pas de table, mais de minuscules tabourets de bois ou de plastique nous permettent de nous asseoir près du poêle.
 

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Yourte - Mongolie
l’intérieur

Le plus beau meuble est une petite commode surmontée de trois grands miroirs en triptyque. Y sont posés quelques produits de toilette et de beauté, et surtout, au centre, un chapelet et un petit bouddha avec une photo encadrée du dalaï-lama. Une petite armoire vient compléter le tout, aux portes vitrées recouvertes de photos de famille. Ce qui donne un air douillet à l’ensemble, ce sont de très beaux tapis épais accrochés aux murs qui forment une tapisserie colorée et probablement un isolant indispensable en hiver.

Ce sont de véritables tableaux. Ici, des rennes dans une plaine enneigée. Là, un cheval magnifique. Nous nous attendions, au milieu de ce désert, a beaucoup plus de dénuement !

Le toit est formé par un cercle de bois qui délimite l’ouverture centrale d’où partent une cinquantaine de tiges de bois décorées, qui reposent sur le "mur" cylindrique.
Pendant que nous nous émerveillons devant cette habitation exotique, notre hôte a sorti l’une de ces thermos géantes que l’on voit partout depuis la Chine, et nous sert le thé, encore fumant, dans de petits bols de porcelaine peinte. Étonnamment, le thé est... salé ! mais bon, riche en lait et presque gras.

Et ne tardent pas à apparaître de délicieux petits gâteaux et du fromage sec en guise d’accompagnement : comme toujours, même dans une région désolée où rien ne pousse, on nous offre ce qu’il y a de meilleur. Ce voyage nous aura donné une belle leçon d’hospitalité : qui viderait son garde-manger pour deux mongols bizarres trouvés sur le pas de votre porte ?

Au cours de notre pédalage dans le désert, nous aurons maintes fois l’occasion de profiter de l’hospitalité sous la yourte : notre souvenir le plus mémorable reste notre invitation chez une famille, dans le petit village d’Ayrag... Depuis la fin de l’après-midi, le vent souffle de plus en plus fort, laissant présager une nouvelle tempête... Juste avant notre arrivée au village, alors que nous scrutons le ciel mauve d’un air soucieux, une camionnette s’arrête à nos côtés : "la tempête arrive, montez !" nous miment ses deux occupants. Avec joie ! Et ils se hâtent de nous conduire à l’abri : nous pénétrons dans l’une de ses nombreuses enceintes rectangulaires de palissades qui composent tous les villages mongols que nous avons traversés. Chaque enceinte constitue le terrain privé d’une famille. À l’intérieur, une ou deux yourtes, une camionnette ou une moto, et l’obligatoire petite cabane "au fond du jardin". Ici, c’est la même chose. Nous suivons nos "anges" dans la première yourte. On y trouve une jeune femme qui, allongée sur un lit, allaitait son bébé. Elle se redresse tout de suite et nous adresse un grand sourire, pendant que l’un des deux hommes, son mari, lui annonce l’équivalent mongol de : "je t’ai ramené des invités pour la nuit !".

Il y a aussi une femme plus âgée (sa mère), une ado (sa sœur), et deux enfants qui regardaient sagement la télé pendant que les femmes papotaient. L’ensemble dégage une impression de douce tranquillité et de joie simple. On se sent tout de suite bien ici !

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Yourte - Mongolie
le poêle

Tout ce petit monde se lève pour nous faire place, et, en invités de marque, nous sommes conviés à nous asseoir sur les éternels petits tabourets près du poêle, tandis que la jeune femme, Jhaka, nous présente deux bols de thé brûlant.

Dehors, le vent se déchaîne : c’est parti pour une nouvelle tempête de sable ! Mais cette fois, nous sommes bien à l’abri. Torgio, le mari de Jhaka, sort couvrir l’ouverture du toit qui laissait passer des nuages de sable, et vérifie que nos vélos ne risquent rien. Pendant ce temps, Jacka re-remplit nos bols et dépose devant nous une assiette couverte d’une montagne de petits pains et morceaux de saucisses : servez-vous ! Et à la moindre pause, nous sommes repérés : "mange ! mange !" (En langue des signes internationale), et notre bol de thé se remplit aussitôt qu’on le vide. Une fois le ventre bien rempli, nous "discutons" comme nous le pouvons, en admirant l’adorable bébé qui joue sur le tapis. Puis Jacka, probablement en bonne observatrice, a l’idée du siècle : elle mime une douche ! Oooh, oui alors ! Mais... où ça ? Aucun des villages que nous avons traversés n’avait l’eau courante, et nous n’avons pas vu de puits. La réponse, nous l’avons quand Jacka et Torgio nous font monter dans la camionnette pour nous emmener aux... douches publiques bien sûr ! et même bien plus : pour 2500T (environ 1,50 €), nous avons droit au... sauna ! en plein milieu du désert de Gobi ! et après la sueur, les couches de crème solaire, et surtout les tempêtes de sable de ces derniers jours, c’est exactement ce dont nous avions besoin : inutile de décrire la couleur de l’eau des premiers rinçages ! Une bonne demi-heure de paradis plus tard, nous voilà propres jusqu’au fond des pores, fleurant bon le shampooing. Si nous avions su que nous ferions un sauna dans le désert mongol !

De retour dans la ger, quelle hospitalité ! Nous mangerons avec eux et dormirons dans le meilleur lit !

Le lendemain, après un petit-déjeuner de rois, c’est l’heure des adieux et d’échanges de quelques cadeaux. Jacka nous donne un bocal de fraises au sirop et des "Ferrero rochers" ! Encore quelques courses et munis de ces précieuses victuailles, nous voilà prêts à repartir tressauter sur la tôle ondulée du désert. Le soleil tape dur, mais les camions que nous croisons prennent en pitié ces deux pédaleurs fous : presque tous s’arrêtent pour nous offrir une bouteille d’eau ! Stop, pitié, on en a trop, et l’eau, c’est lourd !

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Mongolie
rencontre avec un routier

Mais... nous ne boirons pas que de l’eau... À peine une heure après notre départ, un camion s’arrête devant nous. En sortent deux compères, enthousiasmés par nos vélos. L’un d’eux remonte alors dans son camion et en sort une casserole remplie de pain, un gros bocal de cornichons, une saucisse et une bouteille de vodka qu’il pose directement sur la route : c’est l’heure de la pause ! On s’assied par terre autour de ces victuailles et on casse la croûte, malgré notre peu d’appétit.

Quatre individus assis par terre au milieu du désert, autour d’un bocal de cornichons : quel tableau ! Sans compter la vodka : les voilà qui remplissent un petit bol en plastique et le tendent à Olivier avec le signe international : "cul sec !". Pas le choix ! Les mimiques d’Olivier qui s’étrangle un peu sur son verre les fait beaucoup rire ! Puis c’est au tour d’Amanda : "ah non non non !" "Si si si !". Pas le choix non plus... et on remet ça ! et une troisième fois ! Ouh là là, ça touourne ! et encore, leur vodka est bien moins forte que la française, heureusement. Nos compères finissent la bouteille (déjà entamée tout de même), puis remontent dans leur camion en nous laissant pain et cornichons, toujours hilares. Les coups de pédales suivants seront... zigzagants ! Mais c’était tout de même bien sympa...

18 - 19 juin : Le retour du goudron

Bon, le désert, son silence, son immensité aride, tout çà… d’accord, on aime, mais parfois la difficulté du pédalage nous fait rêver de pistes plus civilisées, où le compteur dépasserait enfin les 10 – 12 km/h de moyenne journalière. Et justement, il paraît qu’au niveau de Choyr, la ville suivante, on retrouve une route asphaltée… on en rêve, on y "court"… et la voilà, la belle bande grise tant attendue !
 

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Mongolie
vive la route !

Finie la tôle ondulée ! Finis, les plantages dans le sable, finis, les nuages de sable qui nous couvrent d’une poussière terreuse à chaque passage de camion ! Même avec le vent de face, nos mollets endurcis par les jours précédents nous transportent à ce qui nous semble être une vitesse supraluminique (15 km/heure ? mais après les 10 km heure maxi dans le sable...) sur le bitume si lisse. Ça fait du bien !

Un joli cadeau d’anniversaire pour Amanda : eh oui, aujourd’hui "Madame" atteint ses 31 balais ! Nous fêterons çà sous la tente avec les faux (mais délicieux) Ferrero-rochers… et en soufflant sur nos briquets ! "Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire !".

20 juin : 31 ans sous la flotte

Olivier en revanche, qui lui devient plus vieux le lendemain, n’aura pas un aussi beau cadeau du ciel… ou plutôt, il en aura un peu trop ! Car dans le désert, qu’est-ce qui est considéré comme une bénédiction ? La pluie, bien sûr ! Mais là, le ciel y est allé un peu fort, et ce soir-là, nous nous retrouvons bloqués dans la boutique dans laquelle nous avions trouvé refuge : en quelques instants, c’est le déluge qui s’abat sur le petit village où nous sommes arrivés juste à temps.
Voilà qu’une rivière s’est formée dans la rue, et elle grossit à vue d’œil. Nous observons, impuissants, la rivière se transformer en un torrent infranchissable : des gamins qui essayaient de passer en vélo se font carrément emporter par le courant ! Ils parviennent à se hisser tant bien que mal hors de l’eau boueuse, mais leurs vélos sont emportés : on se demande s’ils les retrouveront ! Une petite fille est venue acheter un chou dans la boutique se retrouve, comme nous d’ailleurs, bloquée là. Elle finit par monter dans un gros camion réquisitionné par l’agent de police qui était aussi dans le coin, et peut enfin ramener les courses à la maison !
La pluie, torrentielle, n’en finit pas. Nous commençons à nous inquiéter : il se fait tard et pas moyen de sortir d’ici pour trouver un bivouac !

Mais on a de la chance : la jeune fille qui s’occupe de la boutique parle anglais et semble ravie de cette opportunité de pratiquer la langue. Urantuul (c’est son prénom !) rêve d’être polyglotte, et elle y travaille sérieusement : nous sommes impressionnés par la pile de livres et de cahiers soigneusement remplis qu’elle sort de sous le comptoir ! Non seulement elle étudie l’anglais, mais aussi le chinois, le Russe, l’hindi, et même... le français dont elle baragouine quelques mots. Voyant notre inquiétude devant le déluge, elle nous rassure : "You can sleep here, no problem". Ouf ! Mais nous comprenons qu’elle doit laisser la boutique ouverte jusqu’à 22h. Il va falloir patienter.

Nous passons le temps comme nous le pouvons en discutant avec l’adorable Urantuul et en dévorant tous les petits pains que l’on vient de lui acheter. Dire que nous avions prévu de faire des crêpes pour l’anniversaire d’Olivier ce soir ! Bah, nous sommes au moins ravis d’être au sec et au chaud : drôle de soirée d’anniversaire quand même !

21 - 22 juin : Arrivée pluvieuse dans la capitale

Malédiction ! Le bitume tout seul, c’était trop beau. Il a fallu que celui-ci se fasse accompagner de deux de nos ennemis du voyage : Vent de Face et Pluie Glaciale… Si les trombes de la veille se sont un peu calmées, nous avons cependant droit à un pédalage pénible sous un crachin intermittent. Le désert n’est plus ce qu’il était ! D’ailleurs, le désert, il a plus ou moins disparu, laissant place à de vastes plaines d’herbe clairsemée que l’on n’ose pas encore appeler "steppes". Alors que nos genoux commencent à pester contre un vent de face carabiné (10km/h sur du bitume plat, non mais c’est pas une vie çà !), leur salut arrive sous la forme d’une camionnette pick-up qui s’arrête devant nous : les deux jeunes mongols qui en sortent ont un langage international : "Non, mais vous êtes fous ? pédaler par ce vent, sous ce crachin, avec l’orage qui arrive ?? allez, montez, on vous emmène à Ulaan Baator, ce n’est plus très loin !" Bon. Vous auriez refusé vous ?? Nous parcourons donc les derniers kilomètres qui nous séparent de la capitale… au sec ! (et les genoux nous remercient…). Nos deux sauveurs, Am’ra et Shakna, sont deux frères gais comme des pinsons et nous discutons avec eux dans cet étrange mélange de mimes, petits dessins, mongol et anglais primitif, que nous avons élaboré ces dernières semaines. Le trajet sera jovial jusqu’à Ulaan Baator, malgré la pluie qui tombe en crachin continu sur le pare-brise.

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Oulan Bator - Mongolie
Cavalier mongol

Et voilà la capitale ! Elle s’étend dans toute une vallée remontant même sur les flancs des collines alentour, où l’on observe pour la première fois depuis la Chine... des arbres ! Des sapins qui forment une chevelure sombre au sommet des reliefs.

Sous le ciel d’orage, la ville offre un visage un peu glauque. Les rues sont encombrées d’un trafic chaotique, les bâtiments datent tous des années 60, construits dans le style laid et bétonné des villes soviétiques. L’ensemble donne une impression de mise à l’abandon : la ville a mal vieilli !

" Vous avez un hôtel à Ulaan Baator ?" nous demande Am’ra. "Heu…" "Venez donc chez nous !" propose son frère" il y a de la place !". Chouette, on a un logement ! Nous nous retrouvons peu après dans la lointaine banlieue de la ville, perchés au sommet des collines qui l’entourent. Bon, il faudra pédaler pour retourner en centre ville, mais au moins les affreux immeubles soviétiques ont laissé la place à un village de gens comme ceux que nous connaissons déjà : une succession de palissades qui découpent le flanc de la colline en carrés de tailles similaires, au milieu desquels sont plantées une ou deux yourtes. La nouveauté par rapport à la campagne, c’est que souvent, l’une de ces deux gers est remplacée par... un petit chalet de bois, le plus souvent en cours de construction.
 

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Maison en Mongolie

Nous sommes en plein milieu d’une importante transition : les Mongols, ces nomades historiques, se sédentarisent...

C’est le cas aussi de nos hôtes, dont le terrain se trouve tout au bout d’une piste qui se perd sur les hauteurs de la banlieue. Et ça tombe bien pour nous : nous avons droit à une pièce rien qu’à nous dans le chalet en construction. Il n’y a qu’à balayer un peu les tas de sciure, et nous voici au sec ; chouette car la pluie n’a pas cessé, et il aurait fait humide sous la tente…

Avant de s’installer, nous allons saluer le reste de la famille dans la ger voisine. Une petite mamie toute frêle, au sourire irrésistible nous en ouvre la porte. C’est "Mandja" (grand-mère), la maman de Shakna et Am’ra... et du reste de la tribu, que nous découvrons à l’intérieur : trois soeurs ( Ariunaa, Boloroo et Oyona) et... un petit-fils, Dashka, le fils de Boloroo. Dashka, six ans et hyperactif, semble ravi de voir arriver chez lui des extraterrestres, et tourne autour de nous sans cesser de parler pendant que Mandja dépose deux bols de thé fumant dans nos mains. On dirait que c’est l’heure du goûter !

Entre deux gorgées de thé et trois bouchées de délicieux biscuits qu’on nous dépose d’office dans les mains, nous faisons connaissance avec cette famille très gaie et d’une hospitalité débordante de joie de vivre toute simple.

Heureusement, les jeunes sœurs parlent un peu anglais, ce qui nous permet aussi d’augmenter notre vocabulaire mongol. Voyant çà, le petit Dashka se met alors en tête de nous apprendre à compter jusqu’à 10 : ah, voilà qui va être utile. Mais il ne s’arrête pas là : tout heureux d’être le centre de l’attention, il part décrocher du mur son alphabet (en cyrillique bien sûr), et décide de jouer les maîtres d’école, désespéré de notre inculture. Le spectacle de ce petit mongol, ânonnant patiemment l’alphabet devant de grands européens qui n’arrivent pas à suivre, restera un moment d’anthologie ! pour nous comme pour nos hôtes d’ailleurs, hilares devant le désespoir de Dashka face à de tels mauvais élèves.
Nous installons donc nos quartiers pour quelques jours chez cette accueillante famille, d’où nous partons en expéditions dans la capitale pour mener à bien les diverses missions qui nous y attendent… le tout sous une pluie qui durera presque toute une semaine !

Et des missions, il y en a : mission numéro 1, faire prolonger notre visa mongol de quelques semaines : un mois pour traverser le pays, c’est bien trop court ! Mission numéro 2, la pire, obtenir des visas pour les pays qui suivront : Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, et çà ne va pas être une mince affaire … Mission numéro 3, réparer nos vélos qui ont durement souffert du pédalage dans le désert (voir les "moments galère » !) : on a de la soudure en perspective ! Mission numéro 4, mettre à jour notre site internet (çà, c’est pour vous !) et répondre aux 357 mails qui nous attendent depuis la Chine… Et la dernière mission, quand tout le reste sera réglé : fêter dignement nos 31 ans ainsi que… notre premier anniversaire de mariage !

En voilà du boulot ! Nous qui aimons tant les tracasseries administratives… heureusement que la pluie ne nous fait pas regretter des journées "ratées » de pédalage ! Allons-nous parvenir à mener à bien toutes ces tâches, munis d’une carte approximative en cyrillique et de notre mongol trop basique ? Est-ce que le soleil reviendra un jour ? Dashka parviendra-t-il à nous faire apprendre l’alphabet cyrillique ? Vous saurez tout cela… dans le prochain épisode !
On vous laisse, on a des missions à accomplir !

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Mangeons gaiement

Riches du souvenir de nos misérables agapes dans le Sahara mauritanien, nous avions cette fois préparé nos estomacs à une nouvelle "traversée du désert ». Mais… nous avons été agréablement surpris. Même dans les petits villages perdus dans les dunes, nous avons trouvé du chou, des tomates, du pain acceptable, du beurre frais, des œufs, et de la sauce pour les pâtes du soir ! Et dans les plus gros, nous avons eu la joie de retrouver des produits "occidentaux" dont nous avions été privés en Chine : du chocolat ! (du vrai avec du cacao dans les ingrédients), des corn-flakes ! des flocons d’avoine ! et même du Nutella ! des snickers ! des M&M’s ! des fraises tagada ! des œufs Kinder ! Bon, notre budget serré nous a empêché de rafler tous ces "produits de luxe", mais le simple fait d’en trouver nous a déjà redonné du baume au cœur… heu, au ventre !
Côté spécialités locales, ces premières incursions dans les yourtes nous ont déjà permis d’échantillonner…

  • Le thé mongol, ou "têêêh" comme on dit ici. Elément indispensable de l’hospitalité mongole, on en sert à toute personne qui met le pied dans la ger (la yourte). Il y a donc toujours une bouilloire qui fume sur le poêle, ou une thermos géante remplie chaque matin à cet effet. Le thé est léger, très riche en lait (presque blanc) et en général… légèrement salé ! Il est servi dans de petites coupelles de porcelaine que l’on tend et que l’on reçoit, comme tout le reste d’ailleurs, à deux mains. A défaut, on peut le prendre de la main droite, la gauche soutenant l’avant-bras tendu. N’accepter que d’une main, est ici considérer comme une impolitesse : on prend avec une main les produits du magasin, c’est tout ! Et si vous n’avez plus soif, ne finissez pas votre bol : il sera re-rempli d’office !
  • Les accompagnements du thé : en général, le thé ne vient pas seul : le visiteur voit vite arriver devant lui des assiettes garnies à ras bord de friandises diverses, dont la présentation est digne des plus beaux goûters d’enfant : des biscuits secs, des beignets (ou "bortchok") en pile instable, recouverts d’une pluie de petits bonbons aux papiers argentés colorés.
  • On trouve aussi des coupelles remplies de sucre, de beurre, de confiture d’abricot chez les plus aisés, et d’un curieux hybride entre beurre et crème dans lequel il faut plonger les bortchok, le "rom » (Olivier adore !). Si l’on approche de l’heure du repas, le bol de thé pourra aussi être garni de l’équivalent mongol des cacahuètes : une fine côtelette de mouton à grignoter ! attention, il faut rendre un os impeccable : ici, on ne gâche aucun petit bout de viande, et ce "mets » est considéré comme un luxe réservé aux meilleurs invités.
  • La "soupe au thé", cuisinée au wok placé au centre du poêle des yourtes permet de réaliser tout le reste des plats mongols. Par exemple, on peut y faire revenir du riz dans beaucoup d’huile, y ajouter des morceaux de viande et de gras de mouton, puis des nouilles "maison » faites de farine et d’eau, et enfin y rajouter plusieurs litres de thé au lait : et voilà la soupe au thé et aux nouilles traditionnelles ! C’est salé et plutôt gras, comme presque tout ici, mais… c’est bon !
  •  … heu, avait-on mentionné les fraises au sirop et les Ferrero rochers ?? et la pause "vodka-cornichons" ? hé hé…

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Les moments galère

Nous attendions ce chapitre pour vous en parler : sans conteste, les plus grosses galères de cette traversée du désert auront été les casses de matériel. Nous en avons eu quasiment tous les jours ! et tous les jours, nous avons donc perdu entre dix minutes et plus d’une heure pour réparer… ou tenter de réparer… le tout bien sûr, à chaque fois, à des centaines de kilomètres de toute habitation en dur… Mais ne paniquons pas, Olivier est là !

On peut citer :

  • La béquille (neuve de Nouvelle Zélande) de Philéas : oubliée d’enlever, un ressaut, CRAC !
  • Les vis de fixation des plateaux avant : comme lors de la montée des Andes… elles ont tenu le coup, mais il a fallu les resserrer chaque jour, et les changer à Ulaan Baator : GNIK, GNIK, GNIK font les plateaux à chaque coup de pédale dans le sable…
  • La dynamo de Philéas : elle ne charge plus, usée par le sable qui s’est infiltré dans ses interstices. Olivier tente une réparation mais… CRAC ! plus de dynamo ! (C’est Amanda qui devra pédaler pour tout recharger…)
  • Le porte bagage d’Heïdi : avec le poids des sacoches surchargées, il n’a pas résisté à la tôle ondulée et affiche son désaccord au milieu d’une descente : CRAC ! BRRRRR… (porte-bagage qui frotte sur la roue arrière). Après des soudures en Afrique, au Pérou et à Ushuaia, nous pensions être tranquilles. Mais non... les soudures tiennent, mais ça casse ailleurs...
  
Heureusement que Olivier Mac Gyver est là ! Avec une boîte de conserve rouillée ramassée sur la route, il fabrique une attelle interne pour repositionner les éléments cassés, et consolide le tout par des mètres de cordelette. Cette réparation "de fortune" tiendra jusqu’à Ulaan Baator !!
  • La roue de Bob, notre remorque : au milieu d’une dure montée sur sable caillouteux : "PSHIIIIII… » : sans commentaire.
  • Les sacoches : "CRRRAAC" trop chargées en prévision de ces journées dans le désert, et déjà vieilles de presque quatre ans, elles accusent le coup : nous passerons de longues soirées à rafistoler accrocs et déchirures…
  • La fixation de la fourche avant de Heidi : nous avions changé celle de Philéas en Nouvelle Zélande, alors bien sûr, Heïdi est jalouse… Les vis de fixation ont perdu leur beau pas de vis solide et se desserrent avec les cahots. Résultats, la fourche n’est plus tenue correctement, et la roue avant d’Heïdi part dans tous les sens dans les descentes : "BOULOUM, BOULOUM !!", Amanda confirme, c’est "casse-gueule » ! A défaut de pouvoir changer le système, il faudra resserrer les vis très régulièrement…

A part ces casses inévitables (les blogs d’autres cyclistes nous ont rassurés : eux aussi ont eu ce genre de problèmes dans le Gobi), pas de "vraie" galère. Nous avons plutôt bien aimé cette "traversée", malgré les tempêtes de sable et la pluie des derniers jours !

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